Alfred de Vigny, The Death of the Wolf

Someone approached me recently about doing a volume of poetry by Alfred de Vigny. My interest in the project was married to a degree of timorousness about my capacity to respect the formal constraints the abandonment of which renders the translation of a poet of this type pointless. To see if I could do it, I chose one of his classic poems, La mort du loup. The English version follows the French. [Update: this project appears dead in the water, but this poem still attracts tons of traffic, so if anyone knows a publisher that might be interested in doing a Vigny volume, please let me know.]

Alfred de Vigny, La Mort du loup (1843)

I.

Les nuages couraient sur la lune enflammée
Comme sur l’incendie on voit fuir la fumée,
Et les bois étaient noirs jusques à l’horizon.
Nous marchions sans parler, dans l’humide gazon,
Dans la bruyère épaisse et dans les hautes brandes,
Lorsque, sous des sapins pareils à ceux des Landes,
Nous avons aperçu les grands ongles marqués
Par les loups voyageurs que nous avions traqués.
Nous avons écouté, retenant notre haleine
Et le pas suspendu. — Ni le bois, ni la plaine
Ne poussait un soupir dans les airs ; Seulement
La girouette en deuil criait au firmament ;
Car le vent élevé bien au dessus des terres,
N’effleurait de ses pieds que les tours solitaires,
Et les chênes d’en-bas, contre les rocs penchés,
Sur leurs coudes semblaient endormis et couchés.
Rien ne bruissait donc, lorsque baissant la tête,
Le plus vieux des chasseurs qui s’étaient mis en quête
A regardé le sable en s’y couchant ; Bientôt,
Lui que jamais ici on ne vit en défaut,
A déclaré tout bas que ces marques récentes
Annonçait la démarche et les griffes puissantes
De deux grands loups-cerviers et de deux louveteaux.
Nous avons tous alors préparé nos couteaux,
Et, cachant nos fusils et leurs lueurs trop blanches,
Nous allions pas à pas en écartant les branches.
Trois s’arrêtent, et moi, cherchant ce qu’ils voyaient,
J’aperçois tout à coup deux yeux qui flamboyaient,
Et je vois au delà quatre formes légères
Qui dansaient sous la lune au milieu des bruyères,
Comme font chaque jour, à grand bruit sous nos yeux,
Quand le maître revient, les lévriers joyeux.
Leur forme était semblable et semblable la danse ;
Mais les enfants du loup se jouaient en silence,
Sachant bien qu’à deux pas, ne dormant qu’à demi,
Se couche dans ses murs l’homme, leur ennemi.
Le père était debout, et plus loin, contre un arbre,
Sa louve reposait comme celle de marbre
Qu’adorait les romains, et dont les flancs velus
Couvaient les demi-dieux Rémus et Romulus.
Le Loup vient et s’assied, les deux jambes dressées
Par leurs ongles crochus dans le sable enfoncées.
Il s’est jugé perdu, puisqu’il était surpris,
Sa retraite coupée et tous ses chemins pris ;
Alors il a saisi, dans sa gueule brûlante,
Du chien le plus hardi la gorge pantelante
Et n’a pas desserré ses mâchoires de fer,
Malgré nos coups de feu qui traversaient sa chair
Et nos couteaux aigus qui, comme des tenailles,
Se croisaient en plongeant dans ses larges entrailles,
Jusqu’au dernier moment où le chien étranglé,
Mort longtemps avant lui, sous ses pieds a roulé.
Le Loup le quitte alors et puis il nous regarde.
Les couteaux lui restaient au flanc jusqu’à la garde,
Le clouaient au gazon tout baigné dans son sang ;
Nos fusils l’entouraient en sinistre croissant.
Il nous regarde encore, ensuite il se recouche,
Tout en léchant le sang répandu sur sa bouche,
Et, sans daigner savoir comment il a péri,
Refermant ses grands yeux, meurt sans jeter un cri.

II.

J’ai reposé mon front sur mon fusil sans poudre,
Me prenant à penser, et n’ai pu me résoudre
A poursuivre sa Louve et ses fils qui, tous trois,
Avaient voulu l’attendre, et, comme je le crois,
Sans ses deux louveteaux la belle et sombre veuve
Ne l’eût pas laissé seul subir la grande épreuve ;
Mais son devoir était de les sauver, afin
De pouvoir leur apprendre à bien souffrir la faim,
A ne jamais entrer dans le pacte des villes
Que l’homme a fait avec les animaux serviles
Qui chassent devant lui, pour avoir le coucher,
Les premiers possesseurs du bois et du rocher.

III.

Hélas ! ai-je pensé, malgré ce grand nom d’Hommes,
Que j’ai honte de nous, débiles que nous sommes !
Comment on doit quitter la vie et tous ses maux,
C’est vous qui le savez, sublimes animaux !
A voir ce que l’on fut sur terre et ce qu’on laisse
Seul le silence est grand ; tout le reste est faiblesse.
– Ah ! je t’ai bien compris, sauvage voyageur,
Et ton dernier regard m’est allé jusqu’au coeur !
Il disait : ” Si tu peux, fais que ton âme arrive,
A force de rester studieuse et pensive,
Jusqu’à ce haut degré de stoïque fierté
Où, naissant dans les bois, j’ai tout d’abord monté.
Gémir, pleurer, prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le Sort a voulu t’appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler. ”

Alfred de Vigny, The Death of the Wolf (1843)

I.
The clouds eloped across the moon in flames
Like smoke above the bonfire whence it came,
The woods were black, to vision’s furthest pass,
We walked in silence through the dew-damp grass,
Brambles teemed beneath the heather’s fronds,
Until, under sap trees like those of Landes,
We saw the gashes from the daunting nails
Of the wandering pack of wolves we had trailed.
We listened, standing fixed, our breath restrained,
Our bodies still, while neither wood nor plain
Was racked or heaved by breezes fulminant;
The weathervane beseeched the firmament
In grief; for the drafts in the heights respired
And only grazed the solitary spires,
While pitched against the stones, the oaks below
Seemed huddled on their elbows in repose.
No sound rang out; when lowering his head,
The oldest of the hunters knelt and said,
— That man who thereabouts had never erred —
While at the crosshatched sand he keenly stared,
Quite softly, that those tracks so freshly laid
Attested to the truculent parade
Of deer wolves with their stripling cubs in flight.
The knives were brandished in the veil of night,
The rifles hidden, with their gleam so white,
Across the brake, we strode toward the fight.
Three men stopped short, and searching what they saw
I glimpsed two flaming eyes, a famished maw,
And four lean forms distinguished there below
Frisking in heather in the moonlight’s glow,
As every day, with leaps and howling voice
At master’s return, the harriers rejoice.
Their forms were like, alike as well their dance,
Though quiet were the wolf-cubs as they pranced.
Aware that two steps nigh and half-asleep,
Their adversary, man, was poised to leap.
The father posed arrect aside a tree,
His wife, marmoreal, impassively
Stayed, like the beast by Romans praised whose breast
Nursed Romulus and Remus, men of flesh
With souls divine. The wolf steps out and stands,
His long claws sinking in the sorrel sand.
He was condemned, we trapped him unawares,
Our men had blocked the path back to his lair.
And then he seized, in fauces hot with hate
Our prize hound’s throat, his fury was so great;
His iron jaws would not forebear to thresh,
Not even when our bullets pierced his flesh;
Our knives, like pincers, made a dreadful clank,
And clashed and clanged as in his bowels they sank,
Till the moment when the choked and lifeless hound,
Now long dead, fell at his feet to the ground.
He glared at us, let fall what he had killed,
Our knives were plunged in his flanks to the hilt
And to the blood-caked dust the beast was pinned;
In crescent cruel our rifles hemmed him in.
Collapsing, still he stares, a hellish gloat,
His face bestrewn with blood heaved from his throat.
In pride he spurned all deference to his death,
He closed his eyes, and fell without a breath.

II.

Against the smoking gun I lad my head,
My feeble will on ill-formed vigor fed,
I thought to chase the she-wolf and her brood,
Who full of rue had vanished from that wood;
Without her cubs, that widow, noble, grave
Would not have left her mate his death to brave;
But she was pledged, her progeny to keep
To teach them to bear hunger, not to weep,
To not submit to machinations vile
That bind the beast of burden to man’s wile,
At his behest to run, to hunt, to kill
The erstwhile lords of forest, rock, and hill.

III.

Alas! I thought, despite all earthly fame,
Our cowardice redounds to our great shame.
That is your wisdom, animals sublime!
To know what you were, and what you leave behind.
Silence alone is great, all else is frail.
— O savage wanderer, well I’ve heard your tale,
Your dying gaze has set my heart afire,
It said: “Your soul by study should aspire
To that degree of stoic haughtiness
That I, though feral-born, have yet accessed:
To wait, to weep, to pray are futile all;
Instead you’d fain your weighty task recall:
To take, as I, that path that fate decrees,
To live, to suffer, and die wordlessly.”

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